Un grand pouvoir implique de grands problèmes [Abigail de Roggeveen]

 :: Duché de Cintra
Lun 2 Nov - 19:18

« Nous y v’là madame. Cintra, le plus grand port avant Nilfgaard.
- J’aurais pensé voir plus de traces des combats.
- C’est juste qu’ils ont bien frotté mais soulevez un pavé et vous trouverez un cadavre dessous. »


La petite caravane marchande franchissait les portes de la ville. Aliénor voyageait avec eux depuis Dorian et elle avait réussi à se faire accepter auprès des marchands et de leurs gardes pour ses remèdes et bons soins. Elle ne leur avait pas révélé plus de ses dons, mais elle avait sous-entendu qu’elle représentait quelques nobles kovirois pour expliquer son empressement à rejoindre Cintra. Elle ne leur avait bien sûr rien révéler de la teneur du message, laissant planer qu’il ne s’agissait sans doute pas plus que des banales félicitations de souverains à un autre et qu’elle en ignorait de toutes façons le contenu.
Ce dernier point était faux : elle savait ce que contenait la missive qu’elle apportait. C’est à dire pas grand-chose. Mais certains au Kovir avaient estimé que le retour de la ligne des Penrod sur le trône du royaume aux lions, après en avoir chassé les Carast qui étaient alliés des rédaniens durant la Guerre du Nord, était peut-être l’occasion pour le Kovir de se trouver enfin un allié littoral. Sauf que bien sûr ces espoirs ne tenaient pas compte du fait que les rédaniens s’étaient soigneusement gardé d’intervenir contre le nouveau roi et que celui-ci était frère de lait du jarl Magnus Tuirseach, un de ces fanatiques du Feu Eternel. Pour Aliénor, il ne faisait aucun doute que ce Jorin Penrod ne serait pas un allié du Kovir. Pour autant elle n’allait pas remettre en question ce qu’on lui demandait.

Après un voyage au plus rapide, elle était donc arrivée à la capitale et comptait se présenter au palais dès qu’elle aurait pu enfiler une tenue plus adaptée. Elle ne s’attendait pas à être reçue par quelqu’un d’important tout de suite, elle allait simplement remettre sa lettre à qui de droit et attendre quelques jours dans la cité pour savoir si l’on voulait lui confier une éventuelle réponse. Elle n’imaginait même pas avoir l’occasion de placer plus de quelques mots.

Elle était occupé à finir de se décrasser dans une auberge respectable de la partie bourgeoise de la ville, puisant dans le Pouvoir pour parfaire son apparence jusqu’au plus infime détail – autant une coquetterie qu’un atout dans sa position – lorsqu’elle perçut quelque chose dans le courant d’énergie qu’elle n’identifia pas tout de suite. Elle pensa de prime abord à un nœud : les villes elfiques étaient souvent bâtis au-dessus de ce genre d’endroits et Cintra, comme presque toutes les grandes villes humaines, était bâtis sur les ruines d’une telle cité. Mais elle l’exclue bien vite, cette perturbation était trop mouvante, trop chaotique, pour être un nœud, d’après son expérience en tout cas.
Pouvait-il s’agir d’un autre magicien ? Possible, elle ne doutait pas qu’il devait s’en trouver au moins un autre dans si grande ville mais pourtant il y avait quelque chose qui ne lui paraissait pas juste dans cette hypothèse. C’était trop… sauvage. Aucune magicienne dûment formée de Pont Vannis ne se serait laissé ‘voir’ ainsi et elle n’imaginait pas les autres pratiquants être moins rigoureux.
Elle prit le temps de noter son observation dans un carnet, pour ne pas l’oublier et se pencher à nouveau dessus si elle en avait l’occasion.


Le palais de Cintra était sans doute l’un des lieux les plus chargé d’histoire de tous les Royaumes du Nord mais à cette occasion Aliénor s’en moquait éperdument. Elle y était depuis un peu plus de deux heures, avait rapidement réussis à remettre le message qu’on lui avait confié à un clerc du palais qui nota son identité et elle s’était apprêté à quitter les lieux pour aller attendre une éventuelle convocation quand une sensation l’arrêta. C’était la même qu’à l’auberge, mais plus forte, plus proche, plus distincte.
Cela ne pouvait que vouloir dire qu’elle venait du palais et sa curiosité déjà éveillée fut piquée au vif : quelque soit l’origine de cette anomalie, elle devait la découvrir. Elle se convainquit qu’il s’agissait d’une information importante que le Kovir souhaiterait connaître – quel genre de magie pouvait habiter le palais du nouveau roi de Cintra ? – mais il ne s’agissait en réalité que de justifier ce qui risquait de se transformer en bourde diplomatique si sa curiosité n’était pas appréciée.

Heureusement le palais n’était pas vraiment un endroit à l’accès restreint, surtout aussi récemment après la prise de pouvoir de Jorin Penrod, les émissaires de toutes les régions voisines – ou non – se pressaient à ses portes et les nobles cintrasiens venaient voir de quoi était fait leur nouveau suzerain. L’endroit était donc du genre fourmillant d’agitation, ce lot de têtes nobles traînant dans son sillage domestiques, courtisans et lettrés de toutes sortes, qu’ils soient scribes ou ménestrels. C’est au milieu de ces derniers qu’elle pouvait le plus facilement passer inaperçue avec ses chausses blanches et son pourpoint aux couleurs du ciel qui ne seyaient guère à une noble dame. Mais elle n’aimait guère les robes qui s’abîmaient trop facilement pour ses habitudes de voyageuse. Elle se demanda un instant si elle n’aurait pas du emmener sa flûte pour parfaire le déguisement mais elle n’en jouait pas assez bien pour tromper qui que ce soit.
Mais cette affluence jouait aussi contre elle, elle ne pouvait se permettre de fouiller ou de se comporter trop étrangement. Aussi devait-elle se contenter de parfois s’isoler dans un coin, fermant les yeux pour essayer de retrouver la direction de ce qu’elle cherchait, et jouant son rôle d’émissaire entre deux séances de divination afin de ne pas trop éveiller les soupçons. Au bout d’un long moment, elle avait réussie à se frayer un chemin jusque dans des quartiers plus privés du château, plus proches des salles où logeaient le roi et ses proches. Elle se rapprochait, elle le sentait, mais cette anomalie continuait de lui glisser entre les doigts. Elle se surprit à sourire de cette déjà bien étrange rencontre qui venait illuminer une bien morne mission.
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Aliénor du Braa
Aliénor du Braa
Aliénor du Braa
Intriguant
Aliénor du Braa
Sam 14 Nov - 12:24
Blottie dans son lit Abigail ne parvenait guère à dormir, elle avait les yeux grand ouvert, elle fixait le plafond de cette chambre. Un grand nombre de personnes jalousent les chambres royales de ce palais, la source n'y trouvait rien de particulier. Lorsque le soleil se couchait elle ne dormait que peu, partagée entre les souvenirs qui revenaient et l'envie de repartir sur les routes. Les rondes de gardes dans le couloir lui donnait froid dans le dos. Le son et la lumière de ses mémoires revenaient souvent, lui rappelant l'enfer qu'elle avait vécue pendant quelques années. Elle n'y était plus, mais les sévices sur sa peau et son esprit l'empêchait d'oublier réellement cette sombre époque.

Dans cette épaisse nuit, seul les bruits de pas de la garde venaient troubler un silence qu'elle semblait apprécié. Un château avait bien des avantages, mais la maudite avait toujours préféré la compagnie des bois et des oiseaux. Au milieu d'un tel endroit, encerclée d'hommes et de pierres elle se sentait piégée, incapable de s'échapper. La pierre faisait remonter des souvenirs qui devraient rester enfouis à jamais. La nuit passa et le soleil se leva. Abigail se dressa, s'habilla et se planta un instant à la fenêtre de sa chambre.

Cette petite ouverture dans le mur était probablement la chose aui lui avait manqué le plus durant son enfermement. Pendant de longues minutes elle resta face à la fenêtre, les yeux fermés, laissant les rayons de soleil venir caresser sa peau. La beauté d'une nuit étoilée, la chaleur d'un soleil à son zénith, voilà le genre de détails qui lui manquaient le plus. Aujourd’hui encore, elle savait qu'elle ne devrait pas rester à Cintra encore des années, elle avait autre chose à faire, un destin à trouver, un rôle à accomplir. Le château de Cintra fourmillait de personnes, dignitaires, soldats, émissaires, tous se côtoyaient pour servir le Roi ou s'attirer ses grâces. Abigail elle n'était qu'un secret jalousement protégé par le conquérant.

L'oracle ne pourrait jamais remercier assez son sauveur, il avait mit un terme à ces années de souffrance, de tourments. La frêle source ne savait plus vraiment comment occuper ses journées autrement que par l'attente. Le sentiment était certes bien moins pesant qu'avant, mais la journée n'en restait moins longue. Son corps supportait mal la fatigue et elle ne pouvait qu'à peine s'imaginer vivre cette envie de liberté aujourd'hui. Elle était encore fragile, abattue par les sévices passées. Ses quelques sorties de sa chambre étaient rares, elle profitait de pouvoir voir autre chose que ces quatre murs qu'elle connaissait désormais par cœur.

Le soleil était bien levé lorsqu'elle quitta sa chambre. Son pas, lent et affaibli, son apparence, miséreuse et pauvre, contrastaient avec la robe brodée offerte par le roi. Elle errait dans les couloirs quelques temps, Elle avait encore bien du mal à supporter les efforts, sa maigreur maladive et les dommages irréversible sur son corps n'aidaient pas en ce sens. Tiraillaient entre sa faiblesse et son envie de liberté, elle observait un peu plus du monde à chaque fenêtre qu'elle pouvait croiser. Elle évitait de croiser trop de monde, seul les gardes avaient l'habitude de la voir errer ici, elle préférait ne pas croiser leur regard, craignait d'y voir une flamme qui l'avait brûlé par le passé. Au détour d'un couloir elle s'immobilisa, face à elle une femme qu'elle ne connaissait pas. Elle ne savait que faire, son œil blanc, prit par les rédaniens, lui avait caché cette ombre avant de s'engager. Elle était face à cette personne. Son corps se raidit, elle fit un pas en arrière, apeurée. Qui était-elle, que voulait-elle, pourquoi ici ?

Était-ce son don, son sens logique, ou cette peur permanente qui la poussait à penser, elle n'en savait rien. Mais elle se disait que cette femme était là pour elle. Elle chercha à parler, cherchant des mots, sans trouver de réponse. De longues secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne parvint à déglutir quelques mots d'une voix faible.

« Qui êtes-vous ? »
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Abigail de Roggeveen
Abigail de Roggeveen
Champion de la noblesse
Abigail de Roggeveen
Érudit
Abigail de Roggeveen
Jeu 19 Nov - 19:58
Aliénor avait erré un petit moment, perdue dans ses pensées, les yeux mi-clos, se guidant au Pouvoir qu’elle remontait comme elle aurait remontée une rivière. Elle s’arrêta soudain quand elle se trouva face à une jeune femme au détour d’un couloir. Elle prépara machinalement une excuse à sa présence mais ses lèvres se stoppèrent avant qu’elle n’ai articulé un mot lorsque ses yeux se posèrent sur le visage en face d’elle. Elle ne s’était certainement pas attendue à trouver une damoiselle affichant pareilles cicatrices ici. L’œil de l’érudit glissa sur la longue cicatrice et l’orbite vitreuse, une blessure largement au-delà de ses compétences et, ce qui la rassura quelque peu, pas ‘fraîche’.
Mais elle remarqua aussi la faiblesse plus générale de la jeune femme, des symptômes qu’elle avait déjà eu l’occasion de croiser dans les campagnes en période de disette mais qui n’avaient guère leur place à la cour d’un roi, fusse-t-il aussi nouvellement installé. Ils contrastaient d’autant plus avec la robe qu’elle portait, éclatant témoignage de la valeur que lui accordait un riche bienfaiteur.

Aliénor se rendit compte que cela faisait plusieurs secondes qu’elle dévisageait cette femme inconnue, avec une impolitesse et un manque de pudeur que ses professeures d’étiquette lui auraient vertement reproché. Constatant le trouble de son interlocutrice – il n-y avait du reste pas besoin d’être une magicienne pour cela – elle lui répondit d’abord par un sourire réconfortant et chaleureux avant d’effectuer une révérence, écartant les mains comme pour soulever une robe qui n’existait pas.
Elle lui répondit sur le ton le plus doux qu’elle pouvait, cherchant à tout prix à ne pas ajouter aux tourments de celle qui lui faisait face mais ne pouvant empêcher son regard de sauter d’une blessure à l’autre, d’un témoin de mauvais traitement au suivant, et son esprit de compatir au sort par lequel elle avait du passer – en espérant que celui-ci soit bien derrière elle !

« Enchantée de faire votre rencontre mademoiselle, je me prénomme Aliénor du Braa, émissaire au service de sa Majesté Hannah du Royaume du Kovir, porteuse d’un message pour le Roi Jorin de Cintra. »

Elle ponctua sa phrase par un sourire innocent, semblable à celui d’une enfant :

« Mais j’ai remis mon message il y a déjà plusieurs heures, je voulais juste profiter cette occasion pour visiter l’un des palais les plus renommé des Royaumes du Nord. Je vous prie de m’excuser si je vous ai surprise car cela n’était nullement mon intention, mademoiselle… »

Elle tendit légèrement la main dans sa direction, invitation muette à se présenter si elle le désirait. Ce n’est qu’à ce moment là qu’elle remarqua que la perturbation qu’elle chassait depuis tout à l’heure semblait émaner de son interlocutrice. Que la cause en fut la jeune femme elle-même, un objet qu’elle portait ou que cela n’était qu’un hasard étrange, elle n’était encore certaine de rien, mais ses yeux brillèrent un peu plus tandis qu’elle attendait une réponse.
Si cette femme était bien une magicienne, elle ne ressemblait en rien à toutes celles qu’avaient pu connaître Aliénor jusque là. Il existait des dizaines de sorts simples qui auraient pus faire disparaître, ou tout au moins camoufler, les blessures qu’elle arborait après tout.
Trop curieuse, elle ne put s’empêcher d’en appeler au Pouvoir. Puisant dans l’énergie de la terre quelques gouttes de puissance, elle les envoya en direction de cette inconnue mystérieuse, comme une onde apaisante et bienveillante, tandis que ses doigts s’agitaient lentement et que ses lèvres mimaient d’anciennes paroles de salutations, sans que le son ne les franchissent réellement.
Elle attendait de voir s’il y aurait une réaction, et laquelle.
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Aliénor du Braa
Aliénor du Braa
Aliénor du Braa
Intriguant
Aliénor du Braa
Dim 29 Nov - 10:40
Abigail resta gelée, face à elle l'étrangère la dévisageait. Elle cherchait à percer le mystère du corps brisé qu'était celui d'Abigail. Depuis son retour des geôles Rédanienne les rencontres avec autrui se déroulaient souvent ainsi. Ceux rencontrant la source passaient des instants semblables à une éternité simplement à observer les sévices sur le corps de la maudite. Il lui était impossible de cacher ceci. Ses cheveux, son œil, les grands cicatrices, ses doigts manquants, elle ne savait quel mot mettre sur le sentiment, une chose était certaine, elle n'appréciait pas de se faire autant observer. Cela lui rappelait un peu l'intérêt des inquisiteurs, de ceux qui voyaient en elle qu'une expérience à mener à son terme, se demandant quelle partie fallait-il entailler pour avoir la réponse à une des nombreuses questions qu'ils avaient.

L'inconnue se reprit, saluant aussi poliment que possible. Elle s'abaissa, puis parla. A voix, douce, ne faisait que masquer la curiosité qu'elle avait. De son œil valide Abigail voyait la femme face à elle observait toutes les marques de la torture Rédanienne. Elle s'appelait Aliénor du Braa, elle servait le royaume de Kovir. Elle était venue pour porter un message au sauveur de la maudite. Abigail eut un frisson. Pourquoi une émissaire venait-elle ici ? N'était-ce pas sensé être une elle réservée ? Mentait-elle ? Avait-elle d'autres choses en tête ? Le Kovir, pas la Rédanie, mais peut-être mentait-elle ? Était-elle là pour la source ? L'inquisition irait-elle jusqu'à infiltré sa prison dorée pour retrouver leur sujet d'expérience préféré ?

Les questions se bousculaient dans l'esprit de la native de Roggeveen, l'émissaire du Kovir reprit la parole. Elle avait déjà remit son message et souhaitait juste visiter. Comment les gardes l'avaient-elle laissés passés ? Elle s'excusa de la surprendre, puis chercha à connaître le nom de la source. Et maintenant, était-ce un piège ? Cherchait-elle en vérité à apprendre le nom de sa cible, à confirmer ? Pourquoi les gardes n'étaient pas là pour enlever ce difficile choix ? Au fond quelque chose poussait Abigail à ne pas hurler, à ne pas fuir, mais elle ne savait comment appeler cela. Elle avait peur, elle tremblait, elle imaginait tous les pires scénarios. Mais même si cette Aliénor était une espionne de Rédanie, elle ne pourrait quitter le château avec Abigail sous le bras... Peut-être juste la tuer.v Etait-ce tant pire que ce qu'elle vivait pour le moment ? Elle garda sa question, mais répondit sans bouger de sa place, laissant quelques mètres entre les deux femmes.

« Abigail. Abigail de Roggeveen. »

Elle resta muette quelques instants de plus. Elle hésitait entre curiosité et crainte sur cette nouvelle arrivante. Puis elle reprit finalement la parole.

« Que me voulez-vous ? »


Elle parlait timidement, ses gestes reflétaient un mal être certain, une peur forte et une crainte des actes de l'émissaire face à elle. Elle était plaquée contre un mur, incapable de s'éloigner plus sans perdre de vue l'émissaire et elle luttait. Elle luttait contre ses démons pour rester en place, pour ne pas détourner son regard de l'étrangère. Mais elle voulait quitter ce château, fuir cette prison d'or et d'argent, reprendre sa recherche de destinée, elle ne pourrait pas fuir à jamais toute personne étrangère. Mais une chose était certaine, elle se méfierait d'autrui désormais, elle ne se laisserait plus avoir comme avant.
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Abigail de Roggeveen
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Champion de la noblesse
Abigail de Roggeveen
Érudit
Abigail de Roggeveen
Jeu 3 Déc - 19:25
Pas de réactions particulières, mais cela ne voulait pas dire grand-chose. Peut-être avait-elle soigneusement cachée celle-ci, mais vu les torsions du Pouvoir tout autour d’elle elle en doutait. Peut-être n’était-elle pas consciente du spectacle qu’elle offrait ? Avait-elle seulement la capacité de percevoir cette muette salutation ? De bien intrigantes questions qui exigeaient une réponse mais aussi qu’elle se montre plus… directe avec ses investigations. Mais elle n’avait aucune envie de brusquer cette fragile petite chose.

« Roggeveen… je ne crois pas connaître cette bourgade, dans quelle région se situe-t-elle ? »

Simple manière de faire un peu de conversation pour essayer de détendre Abigail. Aliénor se dirigea nonchalamment vers un portrait dont elle ne connaissait pas le sujet, sans chercher à s’approcher de son interlocutrice pour ne pas la stresser. Elle sentait bien que l’attention déplaisait à la jeune femme en face d’elle et se trouvait un autre sujet d’observation pour la soulager quelque peu.
Le portrait était celui d’un homme aux portes de la vieillesse, particulièrement peu élogieux. Quand on savait à quel point les peintres de cour pouvaient tordre la réalité pour que leurs mécènes soient satisfaits, l’on pouvait se demander à quel point cet homme avait pu être laid.
A la question d’Abigail, elle n’hésita pas longtemps avant de répondre : elle n’allait pas aller bien loin sans en révéler un peu de ce qu’elle avait vu et de comment elle l’avait découvert mais elle ne comptait pas révéler tout de suite la pleine étendue de son savoir et de ses compétences. Pas sans une très bonne raison.

« En tout cas je ne veux surtout pas vous importuner, aussi sachez que je vous laisserai tranquille si vous en exprimiez le moindre désir, mademoiselle.
Ma présence en ces lieux n’est toutefois pas le fruit du hasard et ne relève pas non plus purement d’un intérêt pour l’histoire de ce château. Si je me suis aventurée aussi loin dans ces murs, et pour être tout à fait franche, je crois d’ailleurs que je n’ai pas vraiment l’autorisation de me promener dans ces couloirs, c’est parce que quelque chose d’incongru a attiré mon attention. »


Elle n’était certainement pas franche et savait très bien qu’elle n’était pas autorisé à se promener seule dans ces ailes, mais la curiosité était trop forte et elle pourrait toujours se réfugier derrière de vagues mensonges et un certain respect des émissaires si un garde venait à se montrer.

« Voyez-vous, je ne sais pas si vous connaissez le Royaume du Kovir, mais notre patrie est célèbre pour ses magiciens et les positions de pouvoirs uniques dans les Royaumes du Nord qu’ils y occupent, entre autre chose. De fait nos universités de magie sont si réputées que même ceux qui, comme moi, ne présentent pas réellement de disposition pour la magie y suivent parfois des cours avant de devenir clercs, notables, intendants ou, présentement, émissaires.
Toujours est-il que le temps passer avec des magiciennes m’a appris à distinguer certaines choses, certaines traces dans la magie, et lorsque j’en ai vu une rigoureusement unique en pénétrant dans ces murs, je confesse n’avoir pu faire taire ma curiosité. »


Elle laissa la jeune femme digérer la réponse, l’observant en coin pour essayer de déceler ce dont elle était consciente à son expression. Savait-elle qu’elle était à l’origine de cette trace ? Elle n’avait pas voulu l’effrayer, si tel était le cas, en lui disant qu’elle l’avait sentie dès son arrivée en ville. Peut-être se croyait-elle discrète après tout. Si tel était le cas mieux valait ne pas lui ôter ses illusions sans en savoir davantage sur ce dont elle était capable. Après avoir laissé s’écouler une ou deux dizaines de secondes, elle reprit d’une voix douce.

« Il se trouve, mademoiselle, que cette merveilleuse curiosité de la nature m’a conduite droit à vous et que j’ai le sentiment qu’elle a un lien avec vous. Si vous me pardonnez l’audace, puis-je vous demander si vous le saviez et, si oui, si vous connaissez la nature de cette manifestation des plus rares ?
Bien sûr si j’ai outrepassé les limites de la décence de quelque façon que ce soit, je vous pries de m’en excuser et je disparaîtrai d’un mot de votre part. »


Elle avait soigneusement choisi son vocabulaire pour donner l’impression qu’elle aurait pu parler d’une toile magnifique ou d’un bijoux précieux. Nul doute que si elle avait utilisé les mots qui lui venaient plus naturellement à l’esprit, cela aurait risqué de l’effrayer plus qu’elle ne l’était déjà.
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Aliénor du Braa
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