Toutes griffes dehors | Mahaut

 :: Duché de Trétogor
Mer 7 Oct - 22:23
Le soleil pointait à peine les rayons sur une cité de pierre encore endormie, quand le convoi se mit en branle. Les roues du carrosse produisaient un son d’essieu très doux à l’oreille, dont le rythme s’accompagnait de celui des sabots sur les pavés. Le mouvement qu’avait tout l’appareillage brinquebalait Hedwige de gauche à droite, menaçant parfois la jeune princesse de rendre le frugale repas qu’elle avait prit en se levant au matin. Sur la banquette en face d’elle, toujours pimpante et souriante, Agnès tentait de lui faire la conversation, minaudant à propos de quelques beaux fils de ducs que ses parents chercheraient à lui proposer en épousailles. Elle était à peine faite, la jeune Agnès, et si petite par rapport à la longue Hedwige, mais capable de remplir l’espace de son souffle tant et si bien que celle qu’elle était sensée suivre, se faisait alors suivante à son tour. Quel âge avait-elle ? Hedwige ne le lui avait jamais demandé, tout comme elle n’avait jamais demandé à avoir une suivante, ni rester coincée à la cour aussi longuement, ou même tout ce qui s’était imposée à elle au cours de sa vie.

Elle vivait d’ailleurs comme un soulagement, enfin, de pouvoir échapper à l’atmosphère de plus en plus étouffante du château de Trétogor. Endurer mille courbettes, mille demandes venant de sourires qui lui semblaient comme fous, ou autres intrigues de la cour destinées à rentrer dans les bonnes grâces de son frère… Feu éternel, qu’elle haïssait cela de toute son âme ! Que sa chambre poussiéreuse lui manquait ! Mais las, elle était obligée de s’y plier, jusqu’à, enfin, ce voyage improvisé, véritable bouffée d’air frais.

Elle s’était surprise à pouvoir ainsi imposer ses volontés, non sans une certaine limite. Pas question de laisser paraitre quelconque indice de ses véritables désirs. Elle n’avait ainsi pu que formuler le besoin de voir son frère, ce qui lui avait été permis. Un petit convoi, plutôt discret pour une personne de la famille impériale, avait été formé, et la princesse ne s’était permise, parmi les courtisans, de n’inviter que la petite Agnès aux joues roses et à la coiffe aussi blonde que la paille fraichement séparée du grain.

Formée seulement de deux cavaliers qui ouvraient et fermaient la marche, ainsi que quatre hommes d’armes et autant de serviteurs menant le chariot royal et une simple charrette tirée par deux bœufs, la bande était une équipée qui ne passait tout de même guère inaperçue. Tout clinquait et scintillait, attirant alentours les regards de quelques paysans qui admiraient, étonnés, cette formidable équipée. Le paysage défilait, la ville n’étant plus qu’un lointain souvenir, pour laisser place aux champs et forêts qui s’étendaient à perte de vue.

Agnès continuait de parler, intarissable. Les essieux commençaient un peu à grincer. Un des serviteurs, à l’avant, se mit à chanter. Hedwige, elle, sentait ses yeux la piquer. Son estomac s’habituait au rythme qu’on lui imposait. Elle sentait l’air très froid du début de l’année filtrer entre les rideaux. Fort heureusement, le soleil frappait suffisamment le sol pour le dégeler, et permettre une avancée aisée, sous un ciel d’un bleu éclatant. Ainsi, emmitouflée dans une épaisse fourrure, elle aurait pu s’assoupir, attendre paisiblement la fin du voyage.

Mais Agnès s’arrêta soudainement de parler. Les essieux cessèrent de grincer alors que le convoi semblait se stopper. Même le serviteur laissa mourir sa chanson.

Un terrifiant son venait de retentir.
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Hedwige Sambukid
Hedwige Sambukid
Hedwige Sambukid
Érudit
Hedwige Sambukid
Ven 9 Oct - 12:11
Le cri perçant retentit une seconde fois, et puis une troisième en un écho plus lointain. Une grande ombre passe sur la route, couvrant le ciel pour l’espace d’un moment, jusqu’à ce que la créature s’abatte sur le cheval du premier cavalier avec le son des griffes perçant la chair. C’est une belle bête, si elle peut être décrite ainsi malgré la situation dans laquelle elle rencontre la princesse, les ailes à moitié repliées attrapent les rayons du soleil matinale, teintant les plumes sombres d’or, les yeux féroces lorsqu’elle tourne son attention vers le carrosse. La bête est imposante, peut-être deux fois la taille du cheval qu’elle a culbuté au sol, et maintient à présent dans ses serres sans autre effort visible que la vague définition des muscles sous la courte fourrure.

Le griffon, car c’était indéniablement un de ces féroces hybrides de lion et d’aigle, interrompt les cris paniqués de la monture prise dans ses serres d’une torsion de son bec, brisant son cou et ses derniers soubresauts. Il arrache un pan de chair, son regard fixé sur les hommes d’armes encore debout, le gobant avant de glatir dans leur direction, le bec tranchant et ensanglanté agité comme menace.

Plus loin sur la route, pour qui a l’ouïe fine, on entend le bruit d’une cavalcade pressée, et l'on peut apercevoir la silhouette d’un cavalier galopant vers la scène.
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Mahaut
Mahaut
Mahaut
Combattant
Mahaut
Dim 18 Oct - 21:20
Il y avait-il seulement hurlement plus glaçant pour l'oreille humaine ? Hedwige ne le savait, elle n'avait jamais rien entendu de tel. Un cri animal, aiguïe, qui fendait l'espace. Une fois. Deux fois. Et puis... Une troisième, comme plus lointaine. Son coeur, qui semblait s'être comme arrêté d'effroi, se remit à battre vivement, lui causant comme un nouveau vertige. Elle posa la main sur le banc, comme pour se retenir, alors que sa demoiselle de compagnie reprenait un peu de ses couleurs, se ponctuant même d'un souffle soulagé. La terreur partagée par l'ensemble de la compagnie sembla un bref instant disparaître, ou du moins, se muer seulement en une conversation nerveuse…Et la créature fondit sur eux.

Le son que produit le choc fut encore plus effroyable que les précédents cris. Le métal de l’armure se plia instantanément sous le poids du cheval à terre et de son assaillant ailé, le malheureux chevalier ayant suivi la chute poussant des hurlements douloureux. Les serviteurs à l’avant du carrosse ne firent aucune manière, s’échappant en glapissant de terreur, alors que tout le cortège semblait désormais suivre une magnifique et terrible débacle.

Au sein du fragile bâtiment mouvant qui était le leur, Hedwige sentait son corps se glacer d’effroi. Sa suivante, elle, ne manquait pas de manifester de la voix toute sa terreur, cherchant à actionner le loquet pour s’échapper au plus vite. La princesse, elle, se sentait incapable de bouger. Les yeux d’or de la créature étaient posés sur elle, la jaugeant, comme pour estimer si la fine et longue jeune femme pouvait être une proie digne de ce nom. Il y avait un quelque chose de profondément sombre, furieux, puissant, et millénaire, qui se dégageait de cette créature de légende, quelque chose qui fascinait Hedwige autant que cela l’épouvantait. Elle sentait à peine ses dents qui pourtant claquaient d’une incroyable force, tout son corps tendu et hérissé de tremblements.

La bête s’ébroua, comme pour se préparer à s’élancer sur sa nouvelle proie, ses ailes s’écartant pour former comme une corolle de plumes dorées. Le malheureux au sol n’arriva hélas à s’extraire, une serre s’écrasant sur son crâne, enfonçant le casque. L’animal bondit alors dans un cri, lequel sembla enfin faire réagir Hedwige. La princesse s’aggripa sur le dossier, prenant un bref élan pour s’élancer vers sa suivante et le loquet récalcitrant. Le carrosse accusa le choc, se retrouvant renversé sur le côté, alors que le bois éclatait sous le poids de l’animal qui s’y était agrippé. Hedwige se sentit basculer jusqu’à rencontrer une surface molle mais bien fragile. Agnès criait, pleurait, ses bras retenant la princesse alors que pleuvaient les débris sous elles. Le carrosse, qui commençait à se déliter, créait comme une cage, une nouvelle, pour les deux damoiselles, dont les esprits avaient bien du mal à s’aligner. Seuls les sons, étouffés et brutaux, de l’extérieur, leur parvenaient, comme autant de coups sur leurs crânes.
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Hedwige Sambukid
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Hedwige Sambukid
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