Vertiges de la "Vraie vie" | Vestibor

 :: Réminescences
Sam 3 Oct - 16:43
Le son de la clé dans la serrure était caractéristique. Il avait accompagné celui des cloches qui sonnaient au dehors depuis un certain temps déjà. On lui avait dit quelques mots. Elle avait mis un moment à les comprendre, à sentir cette pierre qui descendait au fond de son estomac, alors que son cœur, lui, remontait, gonflant sa poitrine d’un air nouveau. Et puis, après l’annonce, on l’avait laissée. Mais le son caractéristique n’était pas venu une seconde fois. La porte avait été laissée entrouverte. Pour la première fois.

Hedwige n’était pas sortie tout de suite. Assise sur son lit, comme à son habitude, elle avait regardé un long moment la porte, comme si elle redoutait ce qui se cachait derrière. Les récits monstrueux de ses parents, relatant les dangers de l’extérieur, de tous ces gens qui souhaitaient sa mort, lui revenaient en mémoire. Le fait de la malédiction, selon les explications d’Emile Mardelle. Il n’était pas là, d’ailleurs. Il aurait dû venir pourtant, lui donner leçon… Ce fut cette dernière pensée qui la convainc alors.

Elle se leva prestement. Le parquet grinça sous ses pieds nus. Elle s’approcha de la porte, posant la main dessus. Cette dernière trembla un peu au contact, alors que l’air frais s’échappait de l’entrebâillement. Elle eu une inspiration et pointa un orteil hors de la chambre. Le contact froid de la céramique la fit tressaillir, mais elle finit par poser le pied dans le couloir. Nul garde ne vint l’en empêcher. Elle était d’ailleurs seule. Son cœur se serra, tant de peur qu’une soudaine excitation.

D’un élan, elle commença à courir sur les tomettes, suivant le courant d’air, jusqu’à une porte qu’elle ouvrit à la volée. Devant elle, s’épanouissait le ciel, qui éclatait d’une telle lumière que ses yeux se fermèrent violemment. Alors que le vent d’automne gonflait sa robe de nuit, elle ressentit une terrible sensation de vertige. Elle n’eu que le temps de distinguer entre ses yeux plissés les silhouettes de gardes accourant vers elle avant de s’écrouler au sol.

On l’avait laissée se reposer après son malaise. Fort heureusement, elle ne s’était qu’écorchée les coudes et les genoux en tombant. On lui annonça un matin que son frère ainé, Vestibor, venait à sa rencontre, et qu’elle devait s’apprêter pour cela. Une nouvelle angoisse vint l’animer, mais elle s’exécuta sans discuter. Il lui semblait, comme à l’accoutumée, qu’elle n’avait guère le choix. Elle mit une de ses plus belles robes, celle que ses parents voulaient lui faire vêtir le jour de la rencontre avec son époux, des chaussures absolument neuves, et mit un temps fou à créer un chignon tressé de ses cheveux, qu’elle dissimula d’un simple voile.

Passer le chemin de ronde était de nouveau une épreuve. Seul l’intermédiaire d’un serviteur, qui la mena à l’aveugle, lui permit d’atteindre la porte du bâtiment principal. La présence des murs, bien qu’ils soient inconnus, la rassurait davantage. Elle fut escortée jusqu’à un petit salon où un feu ronflait. Son guide lui accorda quelques mots, s’assurant de sa santé d’une manière qu’elle ne connaissait pas, très soucieuse, avant qu’elle ne soit laissée seule dans la pièce, laquelle ressemblait, pour la décoration, grandement à sa chambre. La seule différence résidait dans les teintures, noires au lieu de porter les armoiries familiales. Hedwige songea un instant qu’elles avaient peut-être été placées pour l’enterrement, et que son frère ne vienne à sa rencontre pour cela. A moins qu’il ne soit venu pour elle…

Connaissait-il son secret ? Voulait-il… Non. Impossible. Ses parents l’avaient sûrement tu. Si quelqu’un d’autre était seulement au courant, c’était la mort assurée pour elle. Elle sentait son cœur palpiter sous le poids des pensées, alors qu’elle voyait la porte s’ouvrir. Elle se redressa, se plaçant bien droite comme sa mère lui avait apprise, les mains jointes pour pouvoir les occuper. Elle le savait, elle aurait dû s’incliner, saluer, se présenter, mais elle n’émettait pas ni son, ni geste. Elle en était incapable, le corps seulement transi par l’effroi de se retrouver face à ce parfait inconnu et ses possibles mauvaises intentions.
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Hedwige Sambukid
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