Une belle journée en Rédanie [Come]

 :: Réminescences
Mer 23 Sep - 18:53
Les neiges fondaient doucement sur les côtés de la route, transformant les piles blanches en filets d'eau accompagnant les voyageurs dans les périples qu'ils décidaient d'entreprendre. Le froid perdait petit à petit du terrain en ce début d'année. Pour autant, la chaleur d'un feu était toujours agréable pour se défaire des effets de l'hiver encore récent. Par tout temps et tout moment de l'année la source voyageait et se perdait un peu plus dans sa quête. Dans celle-ci chaque jour possède son lot de nouveautés, de surprises, jamais il n'est possible de choisir ce qui arrivera demain. Le pouvoir d'Abigail ouvre les yeux sur ce qui sera, mais elle ne possède aucun contrôle sur ce genre de choses. Ce don, ce talent de voir le lendemain a des effets bien singuliers, mais rarement les gens qui y assistent ne le voit comme une bonne chose. Par habitude Abigail cache ses talents dans la vie de tous les jours, afin d'éviter d'attirer l’œil inquiet, effrayé, haineux des autres voyageurs et habitants. Le soleil était couché, le bruit se calmait dans le camp.

Demain le voyage reprendrait au milieu des terres Rédanienne. Abigail profitait de cet instant pour s'adonner à son petit rituel, plume en main elle dessinait la beauté du monde qui se dévoilait un peu plus chaque jour. Sur son canevas elle avait maintenant la caravane avec laquelle elle voyageait. Si chaque personne avait sa dose d'étrange, de bon, de mauvais, le tout était appréciable pour ce trajet. Rare étaient les mauvais souvenirs que la source avait de ses compagnons de voyage, ceux-ci seraient probablement parmi les bons. Abigail soupira, puis posa à côté d'elle son œuvre encore en travaux. Elle s'allongea, fixant le ciel. Le fin sourire sur ses lèvres signifiait son appréciation du moment présent, certes les lits des villes étaient bien plus confortables, le feu des cheminées bien plus acceuillant, mais les lits de bric et de broc offraient une vue imprenable sur le monde, le vrai, la chaleur naturelle étaient plus douce, plus diffuse et surtout, le roucoulement de la nature était le plus doux de tous les bruits. Le temps passa encore un peu, elle se perdit doucement dans ses pensées.

Au milieu de ce décor, plongée dans la pénombre elle s'assoupit doucement. La nuit fut calme, comme tant d'autres. Pour la native de Roggeveen la nuit n'était guère un moment propice aux rêves, ou tout du moins guère plus que la journée. Tant de choses se passaient à chaque instant, elle voyait parfois bien plus loin qu'un simple rêve. De ce fait les songes de l'oracle n'étaient pour elle aussi mémorable qu'un levé de soleil ou que la douce brise du matin. Cette dernière fut ce qui la réveilla. Le soleil se levait, elle en fit autant. Dans la caravane plusieurs dormaient encore, certains gardes étaient éveillés, peut-être avaient-ils veillés, pour protéger le plus vulnérables d'éventuels dangers. Par principe, autant que par habitude elle se dirigea vers l'un des hommes d'arme, s'arrêtant à côté et le saluant, sourire aux lèvres.

«  Bien le bonjour, belle matinée ? »

Debout à côté de l'homme elle croisa les mains dans son dos, fixant les bois qui s'étendaient devant eux.

« Bel endroit en tout cas n'est-ce pas? »


Certains trouvaient ça inutile, voir idiot. Mais pour la source avoir quelques dialogues par politesse avec les autres était un simple bien qui pouvait aider à rendre les jours de chacun un peu meilleur.
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Abigail de Roggeveen
Abigail de Roggeveen
Champion de la noblesse
Abigail de Roggeveen
Érudit
Abigail de Roggeveen
Jeu 24 Sep - 20:36
L’aube pointait enfin le bout de son nez, réchauffant de ses timides rayons dorés les terres endormies sous leur couverture neigeuse. Lorsqu’il était encore enfant, Côme adorait l’hiver. Les greniers étaient pleins des moissons de l’été et de l’automne, les champs recouverts de neige faisaient la joie des enfants de son village. Il avait souvenir qu’avec ses amis ils refaisaient les invasions Nilfgardiennes et la résistance héroïque du Nord en incarnant des personnages d'antan aussi illustres que légendaires. Luttant "à mort" en attaquant et en défendant des forteresses de neiges entassées. Boutant les envahisseur au delà d'un maigre ruisseau surnommée « Yaruga » afin de délimiter les zones géographiques de ce monde miniature et imaginaire. Dans ses songes nostalgiques il se souvenait également du pain d’épice que faisait sa mère dans cette période ci. Elle mettait de côté toute l’année, piécette après piécette, dans une cachette dont seule elle avait le secret et quand les neiges tombaient elle allait acheter tout ce qu’il fallait pour que tout l’hiver durant la chaumière fleure bon les odeurs d’épices et de miel et que les estomacs soient bien calés par le met préparé.

Mais ces tendres souvenirs étaient balayés par d’autres moments hivernaux plus durs et plus crus. Désormais, pour Côme, l’hiver était une saison maudite. Les pires contrats de mercenariats avaient toujours lieux durant ces périodes glacières. Des sièges, des escortes qui se terminaient en drames terribles, des périodes d’épidémie et de vaches maigres si fortes que Côme en voyait parfois sa dernière heure arriver tant il crevait la faim et était sujet à des quintes de toux à s'en décoller les poumons. De tous ces hivers de routiers, Côme en avait arraché des tremblements parfois compulsifs. Surtout depuis le siège de Cisdari qui avait vu cette année-là un hiver particulièrement rude et qui s’est éternisé jusqu’à ce qui devait être le premier tiers du printemps. Aux pieds des murailles à mourir de froid, ou à s’échiner à survivre envers et contre tout.

Néanmoins, cette année l’hiver était plus doux et le contrat simple. Une escorte de marchand d’un point A à un point B. Habituellement c’était quitte ou double. Soit l’escorte était un enfer entre attaque de créature, bandits, ambiance maussade. Soit c’était l’ennui le plus absolu mais une paye facile. Et cette escorte ci présentait la seconde option mais l’aventure était ravie de la présence d’une ambiance collective assez bonne.

Tout aurait été parfait pour Côme s’il n’urinait pas des échardes chaque matin. Un peu à l’écart du campement, alors que son tour de garde prenait fin avec le levé du jour il essayait vainement de réprimer ses gémissements douloureux alors qu’il luttait pour soulager sa vessie contre un tronc gelé. Entendant des pas bruissant dans la neige se rapprocher, Côme s’activait à ranger son attirail et remonter la pièce avant de ses chausses. La tête engoncée entres les épaules surmonté d’un épais chaperon d'un bleu délavé que surmontait la chapelle de fer.

Il répondait d’un simple grondement aux salutations d’Abigail avant de se rendre compte que c’était bien elle. Melitele… Abigail, une femme au zénith de sa vie, belle comme un soleil selon les critères de Côme. Il appréciait tout chez elle. Les yeux d’Abigail, la bouche d’Abigail, le sourire d’Abigail et invariablement, lorsqu’elle avait le dos tourné, le cul d’Abigail… Quand vous êtes un mercenaire et que les seules femmes que vous croisez hantent les bords-d’ eau comment voulez-vous penser à autre chose ?

Il aurait énormément voulu la courtiser s’il ne portait pas une hécatombe givrant son cœur. Il lui étirait un sourire tordu comme une crispation de lames avant de porter son regard sur le bois leur faisant face. Il aurait tant aimé y trouver de beaux mots ou de belles histoires sur les bois qu’il a parcourus et connus. Mais non, rien… rien hormis des nuits d’épouvantes, des bosquets hantés par des écureuils et des voiles de silence déchirés par des cris gutturaux et de terreur. Mais raconter la noirceur du monde à une femme aussi rayonnante n’était pas une bonne idée. Ainsi il se contentait d’hausser les épaules avant de hocher dans un grondement.

"Oui… belle journée." Arrivait-il enfin à dire, alors qu’il était pris d’un frisson. "De loin, oui, les bois ont l’air bien calme et sympathique." Disait-il d’un ton maussade dont il se fouettait mentalement de ne pas réussir à aborder un air plus avenant. Il se mettait à renifler fort pour ensuite cracher un mollard épais sur la neige. "Tout va bien ? Le froid n’est pas trop mordant ?" Il trouvait sa question idiote au vu de se que portait sa comparse il reposait derechef une question avec la vivacité d’un carreau d’arbalète. "Tu arpentes les routes depuis un bout de temps ?"

Il avait l’impression, au regard de la candeur de son sourire et de la bonhommie des questions d’Abigail, qu’ils vivaient tous les deux dans deux mondes différents. Lui dans un monde de malheur et de misère, elle dans un monde d’émerveillement et de découverte. Ainsi, il n’avait qu’un désir en l’état… le découvrir.
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Côme
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Côme
Sam 3 Oct - 12:27
Le regard de la source se perdait dans le monde face à elle. Les rayons du soleil apportaient un halo doré à un paysage se remettant tout juste d'un hiver froid. L'allure presque divine de certains endroits offraient une touche de fantaisie par dessus tout, comme si cet univers n'était autre que celui d'un conte dont la beauté n'était égalée que par l'absence de nuances. Même si derrière tout ce paysage pouvait se cacher un endroit sombre, peuplé de créatures dangereuses et d'individus peu recommandable, il était nécessaire de voir le beau là ou il était, sous peine d'avoir bien plus de temps inquiet qu'heureux. Pour Abigail c'était simple, ses visions lui offraient parfois la vue d'un monde ravagé par le froid, vaincu par la neige et la glace, alors ce monde, victorieux du froid, lui était plus beau à chaque fois.

Certes, bien des choses restaient à changer dans cet univers bercé d'horreurs et de monstres aux apparences si diverses. Chacun avait une petite responsabilité dans ce monde, s'investir un peu, offrir un sourire, un gentillesse, une amitié. Pour la source tous avaient une chance de rendre ce monde un peu meilleur que la veille, plus attirant, plus amical. Beaucoup, hélas, se refusaient à cet exercice et se cachaient derrière des motifs égoïstes pour justifier leur perfidie. Peut-être était-ce aussi une des raisons d'Abigail de préféré la campagne à la ville.

Après avoir salué l'homme d'arme, celui-ci répondit. Tous ne réagissaient pas pareil à la bonne humeur, parfois étrange, que pouvait avoir la source. Mais lui sembla plutôt bien le prendre. Si Abigail avait un peu la sensation de lui enlever de la bouche les mots, tant son ton était si peu enjoué. Il acquiesça néanmoins, bien que le cœur ne semblait guère y être. Peut-être était-ce plus ses expériences que le contexte qui le poussait à avoir une difficulté à observer la beauté qu'Abigail pouvait voir autour d'elle. Il continua, demandant si le froid n'était guère trop mordant pour elle. Elle haussa les épaules, mais n'eut guère le temps de répondre. Il enchaîna, comme si il regrettait un peu sa question. La suivante était peut-être plus compliqué, depuis combien de temps arpentait-elle les routes. La voyante leva les yeux, la réponse n'était pas aussi aisée que d'aucun pouvait le penser.

« Bonne question. Depuis toujours je pense. Je n'ai jamais vraiment eu un endroit que je pouvais considéré comme chez moi donc... »


Elle fit une pause, se posant à elle-même une question.

« Ou peut-être est-ce l'inverse,  peut-être est-ce que je me sens chez moi un peu partout, comment voir la nuance ? Dans tous les cas, j'ai l'habitude du froid, rien de trop mordant donc. »

Le temple d'Ellander pour elle était le plus proche d'une maison, mais ce n'était pourtant pas vraiment ce qu'elle ressentait. Sûrement pas Roggeveen, elle était bien plus heureuse dans les campagnes, les bois, les prairies, à observer un peu plus du monde. Elle en avait déjà beaucoup, certains endroits étaient peut-être plus beau que d'autres, plus accueillant, mais elle ne pourrait sûrement jamais s'arrêter quelque part pour y passer sa vie. Elle avait aussi un destin à trouver quelque part dehors.

« Et toi, cela fait longtemps ? Tu as sûrement bien des anecdotes à compter et une vie remplie ? »


Après tout, tout le monde en avait, une rencontre amusante par ici, une légende ridicule là-bas, une aventure de cœur ailleurs. Après tout tous avaient un peu contribué à forger le monde et avaient laisser un peu d'eux à un endroit, ou plusieurs pour ceux qui voyageaient.
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Abigail de Roggeveen
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Abigail de Roggeveen
Érudit
Abigail de Roggeveen
Dim 4 Oct - 2:06
Néanmoins, la joie de vivre d’Abigail avait quelque chose de contagieux. Il y avait dans la chaleur humaine d’Abigail la tendresse du printemps. Côme s’en rêvait d’imaginer cette jeune femme porter avec elle la fin du gèle et l’arrivée des beaux jours. De cette douce chaleur il sentait le granit et le givre de son cœur goutteler doucement comme si le simple souffle de cette femme pouvait guérir tous les maux par ses simples mots. N’osant pas porter le regard sur elle, pris d’une drôle de timidité. Lui qui n’hésitait pas à caresser les croupes aux formes pleines et onctueuses de quelconques filles d’auberges et de fermes. Là c’était autre chose, il y avait quelque chose d’immaculé et de sacré en cette demoiselle. Une blancheur d’âme dont on pourrait prêter serment que rien en ce monde n’entacherait, pas même des mains rustres et baladeuses.

Les réponses qu’elle apportait trouvaient un écho chez Côme. Cela faisait si longtemps qu’il n’était retourné chez lui, en ce petit village miteux. La route, les relais, les coins de sentiers, avec le ciel comme plafond, c’étaient devenu ça aussi sa maison, en quelques sortes. Bien que comme tout misérable mercenaire l’accomplissement de l’existence était d’attendre la quille et d’être assez riche pour devenir propriétaire de son petit lopin de terre et de paix.

"Ca fait quoi… Vingt ans que je parcours les routes et que je loue mon épée à qui désire s’en accommoder." Répondait Côme de son air grognon après avoir longuement compté tant sur ses doigts que dans ses songes pour remettre toutes ces années de baroud dans l’ordre. Bon sang vingt ans… déjà. Le temps passe à une vitesse fulgurante quand il y pensait avec le recul. Et pourtant lors des pires moments les journées, les mois, semblaient s’allonger à l’infini. L’autre question sur les anecdotes fut plus délicate à répondre. Côme se perdait dans un long silence, grattant sa barbe si hirsute que le bruit proféré n’était qu’une mise en garde pour qui oserait y coller sa joue, qui s’y frotte s’y pique.

La question des anecdotes, ça il en avait… ô ça oui. En vingt ans comment ne pas avoir d’histoires à raconter. Mais étaient-elles toutes bonnes à entendre. Le travail de mémoire était délicat, de long instants à offrir un monotone "hmmmm" de réflexion. Avant qu’un rare sourire venait tranchait son visage. Ses mots et son histoire se voyaient ponctués de brefs gloussements comme si le souvenir évoqué ravivait une tendre flammèche nostalgique.

"On avait dans la compagnie des Limiers de Gors Velen un gars appelé Diether. C’était le genre de gars qui arrivait toujours à te dégoter à la fois l’impossible et se dont tu avais besoin. Une fois… Alors que la compagnie se dirigeait vers un castel, en vue de l’assiéger, ce dernier avait levé la tête comme un chien de chasse et avait simplement dit je reviens et ce filou s’était volatilisé dans les fourrés. Nous on continu notre chemin et les heures passaient… C’était un mec loyal, toujours le mot pour rire. Mais il en mettait du temps ça en devenait inquiétant. Mais avant, juste avant, qu’on commence à partir à sa recherche ce furieux déboule dans le campement avec un  cygne crevé à chaque main. Qu’est-ce qu’on avait bien becté ce jour-là… Pour cet homme l’impossible n’existait pas. Tout ce dont on manquait, tout ce dont on avait besoin il le trouvait. Il connaissait toujours quelqu’un où qu’on soit." Son regard se perdait alors au même titre que son sourire s’éteignait, comme s’il se souvenait subitement de la fin de l’histoire. Le silence tombait sur ce duo. Côme égaré dans ses pensées concluait son histoire par un "Diether" soupiré empli de regrets.

"Le jour où il est mort, on était tous installé aux pieds d'un moulin, on avait été engagé par un bailli pour ratisser un bois et en débusquer un gang qui mettait la misère dans les environs. Il nous avait dit, tout sourire, avec sa bonhommie naturelle, qu'un jour viendrai où on allait tous se retrouver, où on parlerait des compagnons, des batailles, de nos misères et de nos rigolades, et qu'on en sourirait tous en se disant que c'était le bon temps." Côme détourne le visage, par fierté virile et masculine de cacher à la vue féminine ses peines infinies. "Oui." Soufflait-il. "C'était le bon temps, puisqu'il était vivant."

Il s'en voulait, atrocement, d'avoir narré une histoire aussi dramatique. Bien que cela faisait des années que Diether était décédé le deuil refaisait subitement surface renfrognant le gens d'arme qui semblait se fermer lentement comme une huître.
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Côme
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Côme
Dim 11 Oct - 20:31
Vingt ans. Vingt années à vendre son épée, une bien longue carrière à chasser une récompense d'or et d'argent dans un milieu peuplé de tant d'êtres immondes. Certains avaient une forte volonté pour prospérer dans ce milieu, d'autres participer à le rendre un peu plus sombre. Abigail resta muette, patiente, attendant que le mercenaire finisse sa réponse. Depuis des années elle avait rencontré bien des mercenaires, chacun différent du précédent. Côme ne lui semblait pas être un mauvais bougre, comme beaucoup probablement, il vivait de ce qu'il savait faire, rien de mal à cela. La source appréciait son voyage en compagnie des présents mercenaires, comme tous ses voyages probablement. En vingt ans le mercenaire devait avoir une bonne quantité d'histoires à conter.

La question était donc de choisir une bonne histoire et de savoir comment la conter. Il réfléchit un instant, puis commença à conter. Il contait l'histoire d'un ancien camarade d'arme, un certain Diether. L'homme dépeint était un bon vivant, un homme loyal et un camarade que le mercenaire semblait apprécier. Un atout certain pour une bande de maraudeurs comme celle dont Côme avait fait parti. L'individu en question avait une particularité, celle de toujours trouvé ce qui était nécessaire pour le bien commun. Le genre de personnes avec qui on apprécie voyager, d'autant plus lorsque ces talents sont doublés d'un caractère joyeux et gentil.

Puis l'homme d'arme raconta les derniers jours de l'homme, fauché par le destin. C'était là le sort triste réservé à bien des mercenaires. Visiblement Côme regrettait cet homme, ayant apprécié les moments qu'il avait passé à ses côtés. Pendant quelques instants la voyante ne sut que faire des informations qui lui furent fournit sur l'instant. Elle resta donc muette quelques secondes, puis répondit avec un sourire chaleureux.

« Bien triste anecdote que celle-ci, si l'on omet qu'elle parle d'un bon homme et de beaux souvenirs avec lui. Voilà maintenant que je regrette de ne pas l'avoir connu, ce fameux Diether. »

Son regard se porta sur la caravane autour d'eux. Observant petit à petit les gens qui se levaient, qui préparaient diverses choses. Après avoir finit son tour elle revint vers l'homme à côté d'elle.

« C'est ce genre de souvenirs qui me fait tant aimer croiser des gens. A chaque ce peut être un Diether qu'on rencontre, quelqu'un avec une histoire autant qu'un caractère en or. Des petits plaisirs comme ceux-ci qui rendent chaque trajet différent, leur donnant une fine aura de mystère. Tout un tas de petits détails qui font que l'on attends le prochain voyage avec impatience. »

Elle se tourna à nouveau vers le mercenaire, le fixant quelques instants. Elle ne se souvenait que d'un partie des nombreuses rencontres qu'elle avait faite, certaines se mêlant avec ce qu'elle voyait de part sa nature.

« Ne pensez-vous pas ? »


Chacun sa façon de voir, de penser sur un peu tous les sujets. Peut-être était-elle encore naïve de voir les choses ainsi, mais elle préférait partir du principe que tout le monde avait sa chance, plutôt que de penser que tous étaient pourris jusqu'à la moelle avant même de les croiser.
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Abigail de Roggeveen
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Abigail de Roggeveen
Lun 12 Oct - 18:24
Non loin, le camp s’éveillait et les quelques mercenaires, semblant tous être du même bord, revêtaient leurs armures dépenaillées tandis qu’un dernier, muni de moustaches épaisses et broussailleuses, s’occupait de faire cuir quelques tranches de lard au-dessus du feu mourant. Ces soldats d’infortune se haranguaient de mots vulgaires et licencieux mais dont la fraternité qui les unissaient n’était plus à prouver. Les marchands quant à eux, une famille entière pour être exact, était également sur le levé. Le père et les deux fils aînés bien que rassurés de la présence des mercenaires restaient pour le moins très suspicieux des regards qu’ils pouvaient porter tant sur La Source que sur leur sœur cadette.

Côme écoutait la Source dans un silence religieux. Les mots de cette dernière à la tendresse infinie finissaient par lui décrocher un bien maigre sourire, mais un sourire quand même. La question posée, avec la même vélocité qu’un carreau d’arbalète, l’avait décontenancé. Il papillonnait des yeux, et avant même qu’il ne put répondre, un de ses camarades venait à la rencontre de ce duo à l’écart. Il s’agissait de Lennart, ce vieux bourrus aux énormes moustaches, tendant une gamelle à l’une et l’autre, avec pour repas un simple morceau de lard grillé. "Le pain a gelé cette nuit." Maugréait Lennart, crachant à son côté. "Si l’on ne rallie pas le prochain village avant ce soir il va falloir songer à braconner ou à faire bouillir le cuir de nos bottes. Et Melitele m’en soit témoin je préfère crever que de gouter à celles de Barrique."

"Si l’on doit braconner ça va nous ralentir. Et nous faire prendre des risques inutiles dans les bois." Répondait Côme, alors qu’il prenait entre ses doigts le morceau de viande, si calciné qu’il était devenu aussi raide que du cuir et croquant sous la dent, avec un fort goût de brûlé. "Pas le temps de traîner des pieds on part au plus vite." Côme finissait par saluer son camarade qui retournait vers les autres d’un pas lent et lourd. Le regard du mercenaire obliquait vers Abigail, avant qu’il ne la salue d’un hochement de tête. "Je vais réfléchir à cette question et je t’en dirai ce que j’en pense ce soir." Grognait-il avant de s’éloigner, tâchant d’être dans les traces de son camarade. Après quelques pas, La Source aurait pu apercevoir le soldat se retourner brièvement avant de reprendre sa route. Les dieux seuls savent qu’il aurait désiré deviser plus longuement, ou au moins s’y essayer.

Le moment était venu de se remettre en marche. Les tentes poivrières ont été démontées, la paille rassemblée vaille que vaille pour préparer les futures litières. Néanmoins, pour la source, un mal commençait à rôder non loin. Un des mercenaires, celui portant l’affectueux surnom de Barrique, commençait à avoir des vus sur la jeune femme. Ses petits yeux haineux semblaient la dévêtir du regard. Barrique, l’atrocité fait homme, celui qui avait tout du porc : La corpulence, l’odeur, le caractère.

Ce dernier tournait autour d’Abigail, comme un loup démarrant son approche de la bergerie. Une sorte de menace latente forçant quiconque à devoir se mettre dans un état de tension presque permanent, à l’affut du moindre danger venant de cet homme. Le soldat et le mercenaire ne faisant guère parti des membres les plus intellectuels de la société et voir une femme se montrer amicale envers un camarade disait, sans doute, dans l’esprit de Barrique que la chasse était ouverte et que la proie se montrerait ouverte et docile. Mais tant que cette petite caravane était en mouvement aucun danger n’était à l’horizon. Le véritable moment où il faudra rester aux aguets sera dans le prochain village et le cloché de la chapelle de Melitele pointait à l’horizon. "On y sera avant la tombée du jour !" Grondait Côme à toute la petite équipée. "Pressons le pas et nous pourrons tous dormir au chaud !"
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Côme
Dim 25 Oct - 11:18
Au milieu des terres, loin des dangers de la ville il était facile d'observer d'autres risques. Le camp finissait de se réveiller et l'un des gardes s'approcha. Apportant un peu de nourriture au garde et à la source il les prévint. La nourriture se faisait rare, cette nuit avait été dommageable sur les stocks. Abigail prit ce qui lui était offert et remercia d'un geste de tête celui qui lui avait apporté. Pour les mercenaires les options étaient faibles, on bien se risquer à braconner quelques animaux ou alors espérer arriver à temps au prochain village. Pour Côme il était nécessaire de se hâter. Abigail goûta à ce repas, bien que ni la texture ni le goût n'était agréable, avoir de quoi manger un peu était déjà un bon début. Côme répondit qu'il donnerait sa réponse à Abigail ce soir, avant de retourner avec le reste de la caravane. La native de Roggeveen reporta son regard à la végétation au loin. Puis elle frotta rapidement ses bras, finalement il faisait quand même un peu froid.

Quelques temps plus tard, le groupe reprit son voyage. Équipée d'un manteau de plus pour se protéger du froid Abigail reprit la route, marchand en extrémité de la colonne, observant régulièrement l'immensité sauvage à côté d'elle. D'après Côme les hommes pourraient atteindre le prochain village avant que l'obscurité ne les gagne, afin d'avoir une nuit dans un lieu chaud. Les petits villages de campagne avaient une certaine beauté difficile à décrire. Loin de la folie des grandes villes, mais présentant des installations bâties par l'homme tout de même. Bien que les nuits en pleines natures réservent toujours des spectacles d'une beauté unique, il serait idiot de repousser un repas chaud et un toit pour la nuit sur cette simple excuse. Durant le trajet chacun avait son rôle, son occupation. Les mercenaires observaient un peu tout et tout le monde, s'assurant de l'unité et la caravane et de sa sûreté. Plus le temps passait, plus la source avait un étrange sentiment, si elle n'avait encore ni vision, ni voix, quelque chose naissait en elle. Bien qu'encore lointaine cette crainte lui semblait bien réelle. Abigail ne savait d'où elle venait, ni comment l'arrêter. Plus que prêter attention autour d'elle elle observait un point fixe, tentant de chasser cette sensation.

Autour d'elle l'un des mercenaires semblait avoir un intérêt soudain et intense envers l'oracle, la jeune native de Roggeveen ne le remarqua pas, elle tentait de comprendre ou de chasser cette sensation de danger, de menace, qui planait sur elle. Peut-être la nuit passerait-elle cette impression, peut-être un repas chaud et bon le ferait-il. De temps à autres elle tentait de se calmer, de se concentrer pour apercevoir quelque chose dans ce brouillard d'émotions. Rien ne lui vint, peut-être n'était-ce pas lier à ses pouvoirs finalement ? Ou peut-être que si.

Un bruit rapide la tira de ses pensées. L'un des chariots venait de se briser. Une roue venait de partir dans les fourrées et des biens avaient recouvert le sol. La jeune Abigail se retourna, voyant la situation. Elle resta immobile quelques instants, jusqu'à ce que l'un des hommes de la caravane hurle, il avait besoin d'aide pour récupérer ses biens et semblait inquiet d'avoir perdu quelque chose. Abigail fit quelques pas, reprenant conscience du présent, chassant un instant cette peur de ce qui allait arriver. Elle rejoint le wagon briser, cherchant à récupérer ce qu'elle pouvait pour aider.
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Abigail de Roggeveen
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Abigail de Roggeveen
Dim 25 Oct - 19:11
Misère de peste, maudit chariot. Il fallait que cela arrive, bien évidemment, au pire moment. Entre deux bourgades, le soleil déclinait à vue d’œil et la température également. A contrario les esprits s’échauffaient et semblaient vagabonder partout et nulle part à la fois. Très vite, Côme reprenait les rennes du commandement, du mieux qu’il pouvait. Alors que le marchand et ses fils s'attelaient hâtivement d'œuvrer à réparer leur chariot, Lennart et lui allaient monter le camp et surtout allumer un feu. Feu qui allait sonner leur salut s'ils réussissaient à l'éveiller à temps. Le reste inoccupés, dont la Source, recevaient l’ordre impérieux et vital d’aller fourrager vaille que vaille tout autour, sans toutefois s’éloigner plus que de raison. Une tâche délicate et difficile à la fin de l’hiver où même les animaux sauvage avaient parfois tendance à crever la faim durant cette période proche du renouveau printanier.

Sous l’œil vigilant d’un mercenaire, maigre comme un clou, casqué d’un morion, armé d’une lourde arbalète à manivelle. Ainsi que sous le regard de Barrique, qui lorgnait de plus en plus sur Abigail à mesure que celle-ci s’éloignait du camp en préparation pour cueillir de prophétiques baies ou fruits des bois. Les quelques voyageurs s’évertuaient à trouver un minimum de nourriture. Le soleil, lui, s’égarait derrière d’épais nuages gris, annonciateurs d’averses de neiges. Le vent soufflait et faisait frissonner les branches des arbres qui s'entrechoquaient entre elles.

Restant à bonne distance, Barrique filait sa proie, marchant dans ses pas. La vilenie de l’acte qu’il concoctait pour elle le faisait adopter une démarche prédatrice et presque gracile alors qu’il habituait tant à une marche pataude et lourdaude. Dans ses pensées milles scenarios se peignaient et tout autant de solutions s’y ajoutaient pour obtenir ni cris et résistance pour accomplir son horrible besogne.

De l’autre côté, Côme, au niveau de la caravane tentait vaille que vaille de rassurer un marchand bien échauffé d’avoir perdu une petite boîte dont le contenu avait plus de valeur que toutes leurs vies réunies ici. Pour le mercenaire bourrus, c’était du pareil au même avec ces camelots. Tout avait plus de valeur que la vie humaine. Des couverts en argent qui rouille jusqu’aux prétendument bijoux de la couronne du roi Foltest. Toutefois, pour lui faire plaisir, une fois le feu allumé, et Lennart parti monter les poivrières, Côme l’aidait à retrouver sa petite boîte d’ébène dans la neige. Une petite chose noire dans tout un univers de blanc maculé de touffes vertes, cela ne devait pas passer complètement inaperçus. Mais malgré ces recherches et tout le sérieux qu’il mettait en œuvre rien. Le marchand excédé commençait à sérieusement perdre patience et en venait à soupçonner sérieusement les mercenaires de lui avoir rapiné ceci dans son sommeil. Il ne peut en être autrement ! Mugissait le marchand, ivre d’une colère montante. Vous autres mercenaires n’êtes que des bandits en temps de paix. Je suis certains que vous faites main basse sur nos affaires pour arrondir votre salaire ! Côme, bien embêté, tâchant de rester aussi calme que possible, tâchait de faire entendre raison à l’homme. Lui proposant de fouiller ses affaires en signe de bonne foi. Le marchand n’en démordait pas et exigeait de vérifier les affaires de tout le monde. Menaçant, le feu éternel en témoin, qu’il en informera les autorités compétentes dès leur retour à la civilisation.

Non loin de ce chaos verbal, à plusieurs dizaines de mètres de là, à l’abri des regards cachés dans un sous-bois. Barrique n’était plus qu’à quelques mètres d’une Abigail à genoux à récupérer des baies. Néanmoins ce dernier, obnubilé par le désir de gouter à sa chair de gré ou de force, ignorait tout de l’innommable terreur dont il allait être victime dans les instants venants.
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Côme
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Côme
Mar 27 Oct - 21:43
Peu de choses étaient encore à récupérer. Abigail aida quelques instants, mais peu restait à faire. Vu l'état du chariot il était très peu probable que le voyage reprenne ce jour. Le chariot était en mauvais état, il restait encore des objets perdus. La source chercha un peu, laissant de côté cette sensation de danger. Il fallait de quoi préparer un feu et un minimum de nourriture. La source se dirigea vers les bois, cherchant à récolter quelques baies et un peu de bois pour la nuit. S'éloignant de l'agitation cette sensation revint, doucement. Dans les bois elle fouillait, calmement. Agenouillée, perdue dans ses pensées et tentant de refouler cette sensation, elle balayait le sol de sa main. Elle récupéra les quelques petits brindilles au sol, de quoi commencer un feu. Elle s'immobilisa un instant, genoux à terre. Elle ferma les yeux, tentant en vain de voir au-delà de cette sensation.

Plus le temps passait, plus elle était persuadé que c'était son don, sa malédiction, qui s'activait. Quelque chose de mauvais se profilait à l'horizon mais elle était encore pleinement incapable d'en déterminer la nature. Son regard se posa sur un arbuste un peu plus loin. Légèrement touffu, celui-ci devait bien renfermer quelques baies, de quoi se sustenter un peu une personne, peut-être. Elle s'approcha, fouillant entre feuilles et branches pour récolter quelques fruits. Cinq ou six baies semblaient encore en bonne état. Après de longues minutes elle laissa ce buisson de côté, l'hiver avait appauvri ce que la nature avait à offrir, trouver de quoi contenter toute la caravane sera compliqué. Suite à ce buisson, un autre donna un résultat similaire. Peu de chances dans cette recherche, ou peut-être ne cherchait-elle que peu. La native de Roggeveen ne pouvait se permettre de revenir les bras vides, alors elle récolta tout de même quelques baies, quelques branches. D'autres avaient probablement la même chose à faire qu'elle, peut-être auraient-ils plus de chance.

Un peu plus loin un mercenaire s'approchaient, avec quelques idées mauvaises en tête. La proie facile que semblait être Abigail s'était maintenant suffisamment éloignée de la caravane. Le forfait qu'il avait en tête allait pouvoir être accompli en toute tranquillité. Il s'approchait à pas de loups de la source, se régalant d'avance de cet acte qu'il allait apprécier. Ou tout du moins le pensait-il. La source, agenouillée, était en train de fouiller au sol. Au détour d'un arbre elle se figea, une occasion en or pensa le mercenaire. Il accéléra. Abigail sentait son corps se raidir, le poids du temps sembla s'enlever un instant et elle resta paralysée, tétanisée. Au sol un corps. Malgré l'état déplorable du cadavre, Abigail reconnu ce qu'il restait du visage. Le corps dur de la source ne bougea pas, une voix sombre et forte sortit d'elle. Le vent souffla un instant et le mercenaire se bloqua à son tour. Une chose était certaine, rien de naturel dans ce qui arrivait à la source.

Abigail avait reconnu en ce cadavre l'une des personnes qui l'avait recueilli à son plus jeune âge. L'homme d'un couple aimant, mais vite apeuré par les capacités surnaturelle de l'orpheline. Le visage du décédé se mélangea à d'autres, puis disparut. Un autre prit le relais, puis un autre. Certains étaient connus, d'autres non. Les visages se succédèrent pendant de longues minutes. Apeuré, craintif, le mercenaire quitta la zone. Laissée seule Abigail finit par s'effondrer. Il lui fallut du temps pour revenir à elle. Difficilement elle se redressa, puis tenta de retrouver son chemin. Elle ne ramena avec elle ni baie, ni bois. Concernée par cette vision, autant que par cette sensation toujours plus forte de danger. Pour l'orpheline, les deux étaient forcement liés. Le retour jusqu'au camp fut aussi long que difficile. Déboussolée Abigail avait bien du mal à trouver le bon chemin, elle chuta à plusieurs reprises, affaiblie par cette vision, attristée par le caractère morbide de celle-ci. Au terme de longues minutes de marche, le camp fut visible. Elle essuya les quelques larmes sur ses joues, puis se dirigea, d'un pas peu assuré et affaibli vers un endroit dans lequel elle pourrait se reposer, elle manquait de force pour autre chose à ce moment.
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Abigail de Roggeveen
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Champion de la noblesse
Abigail de Roggeveen
Érudit
Abigail de Roggeveen
Hier à 21:08
Barrique courrait et fuyait avec une rapidité que seuls les cancrelats de son espèce pouvaient avoir. Malgré son surpoids, la neige, ses membres courtauds, il filait avec rapidité comme si la mort elle-même était à ses trousses. Il trébuchait sur des racines embusquées et se relevait directement pour filer avec un rythme forcené. Alors qu’il revenait au campement désormais monté, les êtres se réchauffaient agglutinés autour des différents feux de camp, Barrique rappliquait auprès de ses compagnons, à bout de souffle. Les coloris de son facies étaient incapables de savoir quoi faire entre être blanc de terreur ou rouge d’effort surhumain.

"Il t’arrive quoi Barrique ?!" Questionnait Lennart, levant ces deux sourcils broussailleux, devant l’état d’affolement de ce pourceau grassouillet. Barrique peinait à trouver ses mots et son souffle. Ce dernier bégayait, infichus de réussir à avoir la moindre cohérence dans ses paroles. Lennart, le plus vieux de la bande, agissait comme un père envers ces camarades et menait le pauvre hère choqué vers une tente. "Elle est où la fille ?" Interrogeait l’arbalétrier, d’un ton grave. "Aucune idée, ça ne me dit rien qui vaille." Répondait Côme alors qu’il se relevait, empoignant son bec de corbin. "Ils ont dû rencontrer une saloperie dans les bois. Pas question d’aller la chercher." Invectivait le camarade de Côme. "La nuit tombe et on a déjà un de nos gars hors course."

Il fallait donc patienter, attendre et espérer. Côme se faisait un sang d’encre. Debout à l’orée du campement, le regard braqué sur ce bois à espérer apercevoir une silhouette aux cheveux blonds. Ses espoirs ne tardaient pas à être concrétisé. Elle était là ! Titubant dans le sous-bois. Côme n’hésitait pas un seul instant pour filer à sa rencontre, malgré les vociférations de ses camarades qui prenaient place derrière lui. L’arbalétrier mettait pied à l’étrier et actionnait la manivelle en vue de charger son carreau, paré à protéger son camarade d’infortune. Le mercenaire grognard parvenait enfin à hauteur de la Source. Constatant son épuisement et sans lui demander son avis, Côme la soulevait en princesse pour la ramener au plus vite parmi les vivants et en sécurité. Le souffle fort et rauque du briscard accompagnait ses pas pressés, craignant qu’une créature quelconque était aux trousses d’Abigail. Il la déposait auprès d’un feu, tandis que son camarade à l’arbalète venait la recouvrir d’une épaisse couverture et lui frictionner les épaules.

L’apaisement retombait lentement sur le campement. Mais malheureusement pour la Source, les ennuis commençaient réellement. Durant la nuit, les mercenaires protégeant les alentours commençaient à parler entre eux. Lennart ayant réussi à obtenir un bref témoignage intelligible de Barrique avait la mine grave et posait régulièrement un regard sévère. Au fur et à mesure de la course lunaire il en parlait à ces camarades de ce qu’avait vécu Barrique, sur le fait qu’Abigail semble être une magicienne ou pire que ça. Une esclandre, à voix basse, s’éclatait entre les hommes d’armes qui tombaient bien vite d’accord sur le fait de capturer la Source et la refourguer aux autorités compétentes. Côme, bien seul, peinait à défendre la jeune femme à tel point que ses camarades sous-entendaient lourdement qu’il était ensorcelé par cette sorcière aux cheveux d’or.

Le grognard assistait désemparé à l’approche de ses camarades autour de la Source. Profitant de son sommeil, ces derniers se jetaient sur elle pour la saucissonner et la bâillonner, tâchant de faire en sorte qu’elle ne puisse ni bouger, ni crier. Dans toute cette lutte, Côme tentait de s’interposer, mais en vain, Lennart le tirait rudement à l’écart lui disant qu’ils font ça pour le bien de tous et que s’il perdurait à continuer ses conneries il risquait d’être balancé avec elle. Abandonné par ses pairs, terrifié de finir en geôle, ou pire, Côme baissait les bras et laissait la jeune femme se faire capturer par ses camarades d’infortune.

"On va arriver demain en fin de matinée au prochain village." Disait Lennart à ses compères. "Et on ira la refourguer au clergé et fissa."
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